Condamnation de la persécution subie par le peuple mapuche tehuelche en Patagonie argentine
Au nom du groupe de travail CLACSO « Peuples autochtones, autonomies et droits collectifs », nous exprimons notre vive préoccupation concernant la criminalisation, l'emprisonnement et la campagne de persécution raciste dont est victime le peuple mapuche tehuelche dans la province de Chubut, en Argentine.
Le 11 février 2025, des policiers militarisés ont mené des raids dans plusieurs communautés de la province : les Lof Cañiu, Lof Catriman Colihueque, Lof Nahuelpan et Lof Pillan Mahuiza, ainsi que dans les locaux de la radio communautaire Petü Mongueleiñ et dans une résidence privée à El Maitén. Les forces de sécurité ont fait irruption dans les maisons, brisé portes et fenêtres, agressé des personnes âgées devant des enfants et confisqué des ouvrages de sociologie, de sciences politiques et de littérature. Le mandat de perquisition avait été délivré par le juge Jorge Criado, membre actif de l'Union civique radicale et du parti PRO, tous deux proches du gouvernement en place, et membre de la Société rurale argentine, une association de grands propriétaires terriens déjà dénoncée devant la Commission pour l'élimination de la discrimination raciale pour des pratiques discriminatoires à l'encontre des communautés mapuches. Lors des raids, Victoria Dolores Fernández Núñez, du Lof Pillan Mahuiza, a été arrêtée et le juge susmentionné a ordonné sa détention provisoire pendant 60 jours, accusée d'avoir prétendument participé à des incendies dans la région.
Par ces raids, les gouvernements provinciaux et nationaux tentent de faire porter aux Mapuches-Tehuelches la responsabilité des incendies qui continuent de ravager la Patagonie, aggravant ainsi les attaques et la criminalisation constantes dont cette communauté est victime de la part des autorités. Ces dernières accusent sans cesse les Mapuches d'utiliser la violence pour revendiquer des droits qui ne leur appartiennent pas et n'hésitent pas à les qualifier de terroristes. Or, les communautés mapuches-tehuelches qu'elles cherchent à incriminer sont traditionnellement les gardiennes de la Mapu – la Terre-Mère – dont dépend leur survie, et les accusations portées contre elles concernant la propagation des incendies sont totalement infondées.
De plus, il est avéré que le plan de lutte contre les incendies du gouvernement s'est révélé inefficace et mal coordonné, en raison à la fois du sous-financement des politiques nécessaires à la prévention et à la gestion des incendies et de la sous-estimation de leurs effets catastrophiques. Depuis fin décembre, plus de 35 000 hectares de forêts indigènes ont brûlé, causant des dommages matériels et humains irréparables.
Cela se produit dans le contexte d'un gouvernement qui cherche à ignorer et à supprimer les droits constitutionnels du peuple, ainsi qu'à nier les effets dévastateurs du changement climatique sur son territoire, tout en promouvant simultanément le développement de modèles hégémoniques d'exploitation extractive qui détruisent les forêts, privatisent les montagnes et les cours d'eau et déplacent les populations locales.
Nous condamnons les actions racistes et autoritaires du gouverneur de la province argentine de Chubut, Ignacio Torres, et de la ministre de la Sécurité nationale, Patricia Bullrich, qui reproduisent et aggravent les pratiques discriminatoires et oppressives à l'encontre des peuples autochtones ; nous exigeons la libération immédiate de Victoria Dolores Fernández Núñez et le respect des droits des autochtones inscrits dans la Constitution.
14 de Février 2025
Groupes de travail CLACSO
Peuples autochtones, autonomies et droits collectifs
Cette déclaration exprime la position du groupe de travail susmentionné et non nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son comité directeur ou de son secrétariat exécutif.
