Enseignant du peuple, enseignant de la dignité
Enseignements (partiels et en cours)
du cycle des protestations populaires au Chili
J. Fabian Cabaluz D.[1]
Santiago du Chili
« Le peuple, le peuple, le peuple, où est-il ? Le peuple est dans la rue et réclame sa dignité ! » « Nous sommes nombreux, plus qu'une multitude, nous sommes le peuple uni dans la lutte ! » « Allons-y, peuple, sans peur, pour tout obtenir ! » « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ! » « Le peuple est fatigué… » « Peuple, résistez ! » « Nous nous appelons à nouveau le peuple ! » « Place Baquedano, Place de la Dignité ! » « Jusqu'à ce que la dignité devienne la norme ! » « Nous redescendons dans la rue ! La dignité du peuple n'est pas à vendre, elle se défend ! »
Éstas son algunas de las consignas grabadas en murallas, carteles, cánticos y gritos que le han dado vida a las marchas, caceroleos y barricadas a lo largo y ancho del país. Como se puede observar en estas breves frases y de acuerdo con la expresión enérgica y fuerte de las calles, los conceptos de village y dignité Elles se tatouent sur la peau du Chili néolibéral. Pour ceux qui ont défendu le « modèle chilien à succès », ceux qui ont encensé le « miracle », le « jaguar » ou « l’oasis » d’un projet ayant privatisé la quasi-totalité des droits sociaux, des biens communs et des sphères de la vie sociale, ces deux concepts semblent dépassés, évoquant le XXe siècle, les drapeaux rouges et noirs, les mobilisations sociales, les militants de gauche – tout un fardeau que le citoyen muni de cartes de crédit, l’entrepreneur prospère, le professionnel dévoué à son entreprise, le travailleur efficace et productif, autant d’images qui, comme l’histoire concrète l’a démontré, se sont brisées en mille morceaux.
Comme beaucoup d'entre vous le savent, les concepts de village y dignité Ces concepts ont suscité de nombreux débats en Amérique latine ; ils ont été enrichis par des dialogues et des discussions issus de la philosophie politique, des projets révolutionnaires, des organisations et mouvements populaires – en somme, des espaces théoriques et pratiques. En ce sens, ce sont des concepts chargés de sens politique, des concepts riches de significations, des concepts qui mettent mal à l’aise le bloc dominant et ses défenseurs, mais qui trouvent un écho auprès du peuple, des plus démunis, de la gauche, de ceux qui produisent la richesse du pays.
¿Qué nos han enseñado los conceptos de village y dignité Aux millions de personnes qui se sont mobilisées lors de ces journées historiques de protestation populaire ? Il convient de préciser d’emblée que nos réflexions s’adressent à des pédagogues et des éducateurs, c’est-à-dire à des personnes convaincues que les processus éducatifs et l’acte d’éduquer ne sauraient se limiter aux espaces institutionnels tels que les écoles, les lycées ou les universités (espaces certes pertinents), mais qu’il nous faut au contraire élargir notre réflexion pédagogique à d’autres sphères de la vie sociale. Dans cette perspective, nous souhaitons, dans cet écrit, proposer une petite hypothèse : village et de l' dignité Ils nous éduquent en tant que communauté politique, ils nous enseignent des leçons essentielles qui, si nous parvenons à les comprendre, peuvent devenir des enseignements fondamentaux pour la construction d'un nouveau Chili.
Commençons par souligner au moins cinq enseignements du maître du peuple.
Une leçon fondamentale porte sur la tentative de comprendre ce qui constitue « le peuple ». On a soutenu que le peuple peut être appréhendé comme un groupe d'individus subissant l'exploitation, l'exclusion et la domination. Dès lors, il faudrait associer le peuple à ceux qui subissent quotidiennement le vol de leur travail et de divers aspects de leur vie. Cette idée initiale a même été partagée par des perspectives (néo)libérales, qui affirment que le peuple renvoie plus particulièrement aux dimensions socio-économiques et culturelles, le reliant ainsi directement à ceux qui souffrent de la pauvreté, de la marginalisation et de la précarité. De toute évidence, pour ces conceptions, la notion de peuple se réduit aux dimensions susmentionnées, se limitant à ceux qui subissent les injustices de l'ordre établi, sans intégrer la dimension politique. Ceci nous amène à une seconde leçon.
Conformément à ce qui précède, le peuple aussi Il convient de l’appréhender comme une catégorie politique, désignant un sujet politiquement constitué par l’action. Ainsi défini, le peuple se constitue dans la mesure où il se politise, c’est-à-dire dans la mesure où : premièrement, il agit et se mobilise collectivement, s’organise, lutte, proteste, manifeste, élabore des propositions programmatiques, etc. ; deuxièmement, il entrelace des éléments discursifs et idéologiques, des connaissances et une sagesse qui lui permettent d’expliquer les causes et les conditions sociales et politiques de son existence ; troisièmement, il cultive et développe une mémoire historique consciente de ses luttes contre les inégalités et la pauvreté, une mémoire de l’histoire politique du pays, une mémoire qui parvient à identifier les responsables des problèmes qui l’affligent ; quatrièmement, il crée une pluralité d’espaces organisationnels où collectifs, organisations, mouvements, syndicats et assemblées développent leur vie politique ; et cinquièmement, il articule, ici et maintenant, c’est-à-dire au sein de ses formes organisationnelles, un projet historique qui humanise et donne de la dignité à son quotidien.
Une troisième leçon est que les peuples se sont définis relationnellement, c'est-à-dire par opposition ou antagonisme envers les oligarchies, les élites, les groupes de pouvoir et/ou les classes dominantes. Autrement dit, les peuples se constituent à mesure qu'ils se séparent, prennent leurs distances et s'autonomisent du groupe dominant. En résumé, on pourrait dire que la configuration des peuples progresse, d'une part, par leur opposition et leur éloignement de ceux qui détiennent la richesse, le pouvoir et les privilèges, et d'autre part, par l'articulation et le regroupement de tous les sujets qui composent le bloc social des opprimés et des exploités.
Compte tenu de ce qui précède, et en guise de quatrième leçon, nous estimons qu'il n'est pas erroné d'affirmer que la constitution du peuple peut engendrer des crises politiques. De notre point de vue, la configuration du peuple permet la rupture de l'ordre hégémonique, ouvre la voie à des fissures et à la destruction de l'hégémonie. état normal En ce sens, le peuple permet l'élaboration de scénarios de lutte contre l'exploitation et l'oppression subies par la majorité au Chili et en Amérique latine. En ce sens, le peuple incarne la possibilité de dynamiser et d'ouvrir l'histoire vers des horizons d'espoir et d'utopie ; le peuple peut bâtir un monde futur, instaurer une nouvelle vérité, rompre avec l'ordre établi, bouleverser le statu quo et permettre l'avènement d'un monde nouveau…
Enfin, et en guise de cinquième leçon, il semble important de souligner que le néolibéralisme est incompatible avec la configuration politique du peuple, car, bien qu'il reconnaisse formellement son existence comme source de souveraineté, il le réduit en réalité à la somme de ses électeurs. De fait, toutes les logiques néolibérales qui consacrent l'individualisme, la concurrence, l'esprit d'entreprise et les privatisations sont en totale contradiction avec le sentiment populaire. Il est important de souligner que les projets néolibéraux en Amérique latine ont déployé au moins trois tactiques pour démanteler le sujet populaire : premièrement, ils ont systématiquement œuvré à disperser et à démanteler la vie politique des secteurs sociaux et politiques opposés à leur projet, en s'efforçant notamment de perturber les formes d'unification, d'articulation et de convergence populaires ; deuxièmement, ils ont promu des pratiques de transformation dans lesquelles des intellectuels et des leaders sociaux et politiques sont intégrés à la gestion des programmes gouvernementaux (de nature néolibérale, bien entendu), neutralisant ainsi leur capacité d'influence et de transformation ; et troisièmement, des réseaux clientélistes ont été mis en place, fondés sur un soutien matériel en échange d'un appui politico-électoral. Ces réseaux ont également neutralisé et démobilisé les acteurs sociaux qui constituent le bloc social des opprimés et des exploités.
En résumé, les leçons tirées de ces journées intenses de protestation nous ont appris à nous reconnaître comme des sujets victimes d'exploitation, d'exclusion et de domination. De plus, nous devenons un peuple lorsque nous nous unissons par l'action, l'organisation et la lutte politique. Il est important d'ajouter que nous atteignons cette identité populaire dans la mesure où nous prenons nos distances avec le projet historique, la vision du monde et les intérêts de classe du bloc dominant. Par ailleurs, notre identité populaire ouvre la possibilité concrète de transformer l'ordre social, de changer le cours des événements et de construire une société au service de ceux d'entre nous qui constituent la majorité du pays. Enfin, nous croyons que le peuple, fort de sa profonde sagesse, nous montre que le néolibéralisme est incompatible avec nos intérêts et nos besoins et qu'il est donc urgent de le rejeter comme projet de société.
Ahora pasemos a señalar cuatro grandes enseñanzas formuladas por la maestra dignidad:
En primer lugar, tal como han señalado algunos referentes de la filosofía política latinoamericana, cuando hablamos de dignidad nos estamos refiriendo a uno de los fundamentos de la vida humana, es decir, debemos comprenderla como intrínseca e inherente a nuestras vidas. La dignidad no es algo que se puede comprar, vender o intercambiar. Planteado en otros términos, podríamos decir que se nos ha invitado a comprender que la vida humana (pero también que el trabajo vivo, la naturaleza, la libertad), no pueden tener valor económico alguno (valor de cambio), puesto que son la fuente creadora de todo valor, son el hontanar que permite la producción y reproducción de la vida humana y planetaria. Dicho de otra manera, la vida, el trabajo, la naturaleza y la libertad, como fundamentos de la existencia del ser humano, lo único que tienen es dignidad. Insistimos entonces en que un primer aprendizaje consiste en comprender que la dignidad no es privilegio de minúsculos grupos sociales, sino que más bien aloja indiscriminadamente en todos/as y cada uno/a de nosotros/as.
En revanche, il est essentiel de souligner que la dignité se révèle aux individus, aux communautés et aux peuples lorsqu'elle leur est refusée. Ceux qui jouissent de privilèges ou dont les conditions matérielles de vie sont assurées – pensons au propriétaire terrien, au détenteur des moyens de production, au patron, à l'entrepreneur, au colon, à l'homme viril – n'ont pas besoin de la revendiquer ; elle leur va de soi. Cependant, lorsque les êtres humains sont traités comme des choses, des objets, des marchandises, des clients, des numéros ; lorsque la déshumanisation des relations sociales progresse sans cesse – autrement dit, lorsque notre dignité est niée –, elle se fait entendre comme un cri, une revendication, un espoir. Dans ces situations, la lutte pour la dignité s'engage, une lutte qui consiste à réfuter cette négation, à réaffirmer notre humanité. De toute évidence, dans ces luttes pour donner de la dignité à notre existence, la classe ouvrière, le peuple et/ou le bloc des opprimés et des exclus, nous nous affirmons et nous nous valorisons, nous gagnons en force et en vitalité, nous conquérons et récupérons des pans de nos vies, nous diminuons le pouvoir des logiques destructrices du capital, du patriarcat et du colonialisme.
Como tercera enseñanza, podemos sostener que quienes apelamos por la construcción de un proyecto histórico y social de liberación, debemos comprender la dignidad humana como un principio regulador de la reproducción material y simbólica de los seres humanos (ojo, la dignidad humana, no la propiedad privada como los/as mercenarios/as del capital). Por tanto, la lucha por la dignidad implica ponerle límites a la propiedad privada, implica oponerse a la reducción del ser humano a la categoría de mercancía, en este sentido, la maestra nos ha enseñado que luchar por la dignidad es apelar al legítimo derecho de la resistencia, de la disidencia, de la desobediencia popular y del desacato. Todas estas respuestas se han expresado en las calles del país desde el 18 de Octubre, incluso cuando el Gobierno declaró el estado de emergencia y el toque de queda, cuando se agudizó la represión asesinando a una veintena de compañeros/as, hiriendo a más de dos mil quinientas personas con el uso brutal de balines, perdigones, bombas lacrimógenas; con la detención de más de siete mil compañeros/as; cuando se han aplicado prácticas de tortura, abusos y violaciones sexuales, detenciones ilegales y desapariciones replicando el terrorismo de estado de la última dictadura cívico militar (a la fecha existen cerca de doscientas querellas contra las fuerzas represivas del estado por estos “casos aislados”). A pesar de la brutalidad de todo lo anterior, la resistencia no amaina y continúa latiendo con intensidad en las calles del país, alimentada del newen y la vitalidad de aquellas luchas que se despliegan por asuntos fundamentales y vitales.
Finalmente, se nos ha enseñado que es importante recordar que las luchas por la dignidad en Chile y América Latina han estado marcadas por proyectos que reivindican la recuperación de bienes comunes y recursos estratégicos (mineros, hídricos, pesqueros, petrolíferos, entre otros) que han sido despojados, saqueados y privatizados generalmente por el capital extranjero y el imperialismo, pero con la avenencia de la elite dominante. En este sentido, la lucha por la dignidad se ha articulado a programas políticos de izquierdas que reivindican las nociones de soberanía popular, los proyectos de nacionalización y las luchas contra el imperialismo y el colonialismo (externo e interno).
Tal como se ha denunciado desde el comienzo de las protestas populares, desde la dictadura cívico-militar inaugurada en 1973, en nuestro país se ha negado sistemáticamente la dignidad humana, lo que se ha expresado en la brutal privatización y aniquilamiento de derechos sociales (salud, educación, vivienda), servicios básicos y bienes comunes (transporte, agua, electricidad, comunicaciones); en las pensiones de hambre que reciben los/as jubilados y en los bajísimos sueldos que desencadenan el endeudamiento asfixiante de los/as trabajadores/as quienes para costear alimentos, vestimenta, estudios, medicamentos, vivienda, etc., deben usar el dinero plástico para poder vivir todo el mes; en la destrucción y el saqueo de las riquezas de nuestra naturaleza para favorecer el negocio de pesqueras, hidroeléctricas, mineras, industrias agropecuarias, forestales, entre otras; en el despojo continuo y sistemático de tierras comunitarias y comunales a naciones y pueblos indígenas; y en la represión y criminalización a todos los grupos sociales que resisten a las políticas de mercantilización, precarización y aniquilación de la vida social. Las más de cuatro décadas de neoliberalismo salvaje en el país, han negado y pisoteado nuestra dignidad, por tanto, rebelarse y luchar con todas las fuerzas de la historia, no sólo es comprensible, sino que necesario y vital.
Pour résumer les enseignements du maître de la Dignité, on peut souligner que : premièrement, vivre dans la dignité ne saurait être un privilège réservé aux minorités, car la dignité est le fondement de la vie de tout être humain ; deuxièmement, à mesure que la marchandisation de la vie progresse dans notre pays, les luttes pour la dignité deviennent plus urgentes et nécessaires, lesquelles ne sont rien d’autre que des luttes contre l’objectification, ou, en d’autres termes, des luttes pour réhumaniser notre existence ; troisièmement, la dignité humaine doit être un principe directeur de notre existence, ce qui implique de s’opposer au projet historique dont le principe directeur est la propriété privée ; et quatrièmement, en nous appuyant sur notre mémoire historique, les luttes pour la dignité doivent s’inscrire dans des projets politiques articulés autour des concepts de souveraineté populaire, de nationalisation des biens communs et des ressources stratégiques, et de luttes contre les différentes formes de colonialisme.
Comme nous avons tenté de le souligner, le peuple et la dignité nous apprennent beaucoup en ces jours intenses et agités d'éveil de la société chilienne. Ceux d'entre nous qui veulent comprendre ce qui se passe dans les différentes strates de la société doivent être très attentifs aux signaux émanant des divers acteurs sociaux ; nous devons savoir écouter nos camarades, nos voisins, nos frères et sœurs ; nous devons affiner nos questions et nos réflexions ; nous devons nous efforcer de relier ce qui se passe dans cette partie du monde aux luttes et aux mobilisations qui se déploient aux niveaux continental et mondial ; mais le plus difficile dans tout cela, c'est que nous devons faire tout cela sans quitter la rue, sans cesser d'attiser la flamme de la contestation. village et dignité...
[1] Docente Escuela de Pedagogía en Historia y Ciencias Sociales, Universidad Academia de Humanismo Cristiano; Coordinador GT CLACSO de Educación Popular y Pedagogías Críticas; Educador Popular, Escuela Pública Comunitaria, Barrio Franklin.
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