Le verdict de l'affaire Persée menace la démocratie au Pérou
Le groupe de travail « Mémoires collectives et pratiques de résistance » Le Conseil latino-américain des sciences sociales (CLACSO) rejette les résolutions et les condamnations prononcées par le gouvernement péruvien dans le cadre de l'affaire dite « Persée ». La décision de dissoudre le Mouvement pour l'amnistie et les droits fondamentaux (MOVADEF), fondé en 2009, et de condamner 35 de ses membres pour « appartenance à une organisation terroriste » (le Parti communiste du Pérou – Sentier lumineux) constitue une grave violation des droits fondamentaux tels que la liberté d'expression, d'association et de pensée critique.
La procédure judiciaire a duré dix ans (2014-2024), période durant laquelle les accusés ont subi de graves restrictions dans l'exercice de leur droit au travail et leur pleine participation à la société. Les peines prononcées allaient de 15 ans de prison à la perpétuité. Il convient de noter que le verdict n'a pas été unanime, l'un des trois juges ayant exprimé sa dissidence et souhaité l'acquittement de la majorité.
Il est important de souligner que le terrorisme a cessé d'être un phénomène actuel au Pérou il y a plus de trente ans. Utiliser cet argument comme prétexte pour persécuter la dissidence politique, comme c'est le cas dans d'autres pays de la région, est non seulement fallacieux, mais constitue également un grave recul démocratique. La criminalisation des mouvements sociaux et des opinions politiques divergentes érode les principes fondamentaux de l'État de droit et menace le pluralisme démocratique.
Le droit à la réintégration politique est un principe fondamental de tout système démocratique respectueux des droits humains et promouvant la réconciliation sociale. Le cas de nombreux anciens membres de groupes armés qui cherchent désormais à participer au débat public et à s'intégrer au processus politique national souligne l'importance de garantir un système pluraliste et inclusif.
Plusieurs personnalités et organisations internationales ont déjà condamné cette sentence, soulignant que ces actions en justice pourraient s'inscrire dans un schéma plus large de stigmatisation et de persécution des idées critiques envers le gouvernement ou le système en place.
Ces mesures ont suscité une vive inquiétude internationale en raison des graves violations des droits humains et constituent un dangereux précédent pour la région. Or, il est préoccupant que les principales instances de défense des droits humains du Pérou n'aient toujours pas publié de déclarations institutionnelles claires et fermes à ce sujet. Cette absence souligne l'urgence d'adopter des positions fermes en matière de défense des droits fondamentaux et de respect de la diversité politique.
Le groupe de travail du CLACSO appelle les organisations de défense des droits humains, tant au Pérou qu'à l'international, à prendre la parole et à agir face à cette situation.
Nous réaffirmons notre engagement à défendre la démocratie, la justice sociale et les droits humains en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous exhortons les autorités péruviennes à mettre fin à la criminalisation des idées et à promouvoir un environnement où le pluralisme politique est un pilier fondamental de la coexistence démocratique.
Janvier 3 2025
Groupes de travail CLACSO
Mémoires collectives et pratiques de résistance
Cette déclaration exprime la position des groupes de travail susmentionnés et non nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son comité directeur ou de son secrétariat exécutif.
