La construction d'une mémoire et d'une vérité transnationales : le Honduras et l'Argentine
Le 23 février, Bertha Oliva, cofondatrice du Comité des familles des personnes détenues et disparues au Honduras (COFADEH), a reçu le Prix international des droits de l'homme Emilio Mignone 2022 en Argentine. L'organisation de défense des droits humains COFADEH, qui a récemment célébré son quarantième anniversaire, a été fondée par un groupe de douze familles qui se sont rencontrées lors de leurs visites aux tribunaux honduriens à la recherche de leurs proches disparus. Elles étaient présentes lors de la fondation de la Fédération latino-américaine des associations de familles de personnes détenues et disparues (FEDEFAM) en 1981 et défendent inlassablement les droits humains depuis lors. L'attribution de ce prix est un acte symbolique de réparation d'une profonde signification.
Au Honduras, malgré l'emprise institutionnelle de l'armée sur le pouvoir politique depuis 1963, le terrorisme d'État a émergé à la fin des années 1970 et s'est poursuivi après le retour de la démocratie électorale et du régime civil en 1982. Grâce au travail inestimable de la COFADEH, le Commissaire national hondurien à la protection des droits de l'homme a pu établir qu'entre 1980 et 1993, 179 disparitions forcées ont été recensées, dont 30 % en 1981 et les autres réparties plus ou moins uniformément entre 1982 et 1985. Une question cruciale mérite d'être examinée : la majorité des disparus n'étaient pas honduriens, mais nicaraguayens, salvadoriens, costaricains, guatémaltèques, vénézuéliens et argentins. Y a-t-il eu une coordination supranationale de la répression ? Le rapport du Commissaire a mis en cause l'Argentine, sans toutefois l'établir formellement. Les doutes et les inexactitudes concernant le rôle de l'Argentine au Honduras ont conduit le commissaire à poursuivre l'enquête et à demander des informations au gouvernement argentin au sujet des missions secrètes présumées. Cependant, selon le rapport de 1998, aucune réponse n'a été reçue.
Motivés en partie par ces dettes historiques, certains membres du Groupe de travail de la CLACSO sur la violence en Amérique centrale ont examiné ces questions et ont pu établir que l'Argentine avait collaboré à la lutte contre l'insurrection au Honduras durant la dernière dictature militaire argentine (1976-1983), que le triomphe de la révolution sandiniste en 1979 avait accéléré les liens déjà établis et que des accords de coopération financière, commerciale et scientifique et technique avaient été signés. Les recherches ont également révélé quels militaires argentins s'étaient rendus au Honduras pour promouvoir des formations, distribuer des armes et fournir des renseignements ; mais surtout, elles ont démontré quelle institution hondurienne avait réuni les forces armées de différentes origines à des fins de renseignement et de coordination opérationnelle, et ont identifié les conseillers militaires, l'institution conseillée au Honduras et la date de début de cette mission de conseil.
Décerner ce prix à COFADEH, c’est réaffirmer les droits humains, rompre les liens entre États forgés dans la terreur et rejeter le négationnisme des années 1990. Ce faisant, il défend la mémoire et la vérité, deux piliers essentiels de la lutte contre l’impunité.
COFADEH anime une émission de radio de 19h à 20h sur Radio Globo au Honduras. Sa page Facebook est : https://www.facebook.com/cofadehonduras/
15 Mars 2023
Groupe de travail CLACSO
Violences en Amérique centrale
Ce texte exprime la position du Groupe de travail susmentionné et non nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son Comité directeur ou de son Secrétariat exécutif.
