En défense du droit à la manifestation populaire au Pérou

 En défense du droit à la manifestation populaire au Pérou

Le mercredi 7 décembre 2022, le président Pedro Castillo a été arrêté, emprisonné et destitué pour rébellion, suite à sa tentative de dissolution du Congrès. C'était la troisième fois que l'extrême droite au Congrès tentait de le destituer depuis son entrée en fonction le 28 juillet 2021. La tentative de dissolution du Congrès a abouti à un vote majoritaire en faveur de sa destitution, et la première vice-présidente, Dina Boluarte, a accédé à la présidence. Après une semaine de détention, et en violation des droits de la défense, Castillo a été condamné à 18 mois de détention provisoire.

Depuis l'arrestation et la destitution de Castillo, de nombreuses manifestations massives ont eu lieu dans différentes régions du pays, y compris dans la capitale. Les manifestants se sont déclarés en état d'insurrection civile et occupent diverses infrastructures essentielles, telles que des mines, des aéroports, des entreprises de transport public, des universités, des médias et des autoroutes. La population et les organisations citoyennes exigent notamment la destitution de Boluarte, la dissolution du Congrès et la convocation d'une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer celle en vigueur depuis 1993, instaurée par le régime dictatorial d'Alberto Fujimori.

L’État a répondu aux manifestations par une répression massive et brutale. À ce jour, on dénombre une vingtaine de morts – dont deux mineurs – et des centaines de blessés. Le 14 décembre, le gouvernement Boluarte a décrété l’état d’urgence pour une durée de 30 jours, entraînant la suspension des libertés civiles et des garanties constitutionnelles, telles que le droit de réunion pacifique, l’inviolabilité du domicile, la liberté de circulation et le droit à la sécurité de la personne, ainsi que le droit de ne pas être détenu sans motif légitime.

De même, le gouvernement et la police, de concert avec l'extrême droite et les médias traditionnels, ont eu recours à la stratégie de la diffamation pour délégitimer les manifestations. Cette stratégie consiste à prétendre que les manifestants sont incités par des groupes terroristes, une information totalement fausse qui vise à bafouer le droit de manifester.

Comme Groupe de travail du CLACSO sur les mémoires collectives et les pratiques de résistanceNous appelons à la défense du droit à la désobéissance civile, à la protestation et à la résistance, ainsi qu'à la dénonciation de toutes les formes de violence politique d'État. La démilitarisation est une tâche urgente pour tous nos pays d'Amérique latine ; elle implique la fin des états d'urgence, le plein respect des droits civiques et la libération des populations.
La libération immédiate des prisonniers politiques, ainsi que la fin de l'impunité pour les forces de police et militaires.

Nous défendons le droit du peuple péruvien d'exiger la création de mécanismes démocratiques permettant de mener des réformes politiques, économiques et sociales profondes qui créeront les conditions nécessaires à la résolution de la crise systémique et généralisée que traverse le pays.

Décembre 16 2022
Programme de psychologie sociale de la mémoire. Université du Chili
Groupe de travail du CLACSO sur les mémoires collectives et les pratiques de résistance

Cette déclaration exprime la position de Groupe de travail sur les mémoires collectives et les pratiques de résistance et pas nécessairement celui de les centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, son Comité directeur ou son Secrétariat exécutif.