« Le peuple argentin comprend que l’université n’est pas seulement un privilège, c’est un droit. »

 « Le peuple argentin comprend que l’université n’est pas seulement un privilège, c’est un droit. »

Dans le cadre de la réunion plénière des doyens des facultés de sciences sociales et humaines d'Argentine du CODESOC, qui se tiendra fin mai 2024, Eduardo Rinesi, Politólogo, filósofo, ex rector de la Universidad Nacional de General Sarmiento entre 2010 y 2014, habló con CLACSO.tv.

Rinesi a abordé la situation des universités en Argentine : « Nous avons tous été surpris, et ce fut une agréable surprise, par la manifestation du 23 avril. Cette manifestation révèle des problèmes très profonds, profondément ancrés dans le sens commun des Argentins. Ce jeune homme maigre qui portait une pancarte (…) où l’on pouvait lire : « Mon psychanalyste a étudié dans une université publique, je lui dois la vie », cette pancarte est extraordinaire car elle témoigne de la profonde compréhension du peuple argentin, des citoyens argentins, de ce jeune homme : l’université n’est pas seulement un privilège pour les jeunes qui franchissent nos portes et deviennent des professionnels, et pour ceux qui en profitent pour réussir. C’est un droit collectif du peuple, qui a le droit d’avoir de bons psychanalystes, de bons ingénieurs en construction de ponts, de bons professeurs de philosophie médiévale. Le peuple a droit à tout cela, et c’est ce que nous offrons dans les universités publiques. Le 23 avril a été un moment très important et montre que le combat culturel, pour reprendre cette expression, est bien plus complexe que de simples déclarations. » « Des bêtises. » La télévision et on suppose qu'on a le peuple dans notre poche.

De plus, il a analysé la force politique qui gouverne son pays : « Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une droite fondamentalement et profondément antidémocratique. Son discours est antidémocratique ; elle ne croit pas en la démocratie, elle ne croit pas en ses institutions, elle ignore tout de ses procédures. Cela ne l’a jamais intéressée ; elle s’y oppose. Elle glorifie ceux qui ont détruit la démocratie en Argentine, elle organise des événements à l’École de mécanique de la Marine pour promouvoir des choses inacceptables, des choses pour lesquelles nous pensions qu’il existait un consensus entre toutes les forces politiques : “Plus jamais ça !”. Ces gens-là ne croient pas au “Plus jamais ça”. Et ils sont profondément opposés aux deux piliers fondamentaux sur lesquels repose notre démocratie : les droits et les libertés. Ce qui ne correspond pas à ce qu’ils entendent chaque fois qu’ils crient “liberté”. C’est une conception très étroite de la liberté, la liberté des agents économiques de faire ce qu’ils veulent sans restriction de la part de l’État. Ce n’est pas la liberté. »

« La liberté possède plusieurs grandes traditions : la tradition libérale, qui envisageait la liberté des individus face aux forces qui les étouffent ou les oppriment ; la tradition démocratique, qui envisageait la liberté des individus de participer aux discussions et aux délibérations ; et la tradition républicaine, qui envisageait la liberté collective du peuple, la souveraineté, que ces deux traditions méconnaissent et détruisent chaque jour. Si l’on nie l’importance des droits et que l’on qualifie de « liberté » la liberté des riches de commettre des excès au lieu de la liberté des citoyens et du peuple, alors, bien sûr, la démocratie est en réel danger », a-t-il déclaré.

Interviewé par Gustavo Lema.


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