Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale : faut-il la célébrer ou la commémorer ?

 Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale : faut-il la célébrer ou la commémorer ?

Aujourd'hui, 21 mars, est la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale. Cette journée a été proclamée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1966, en mémoire du massacre de Sharpeville en Afrique du Sud, survenu le même jour en 1960. La police avait alors ouvert le feu sur des manifestants pacifiques qui protestaient contre les lois du système d'apartheid raciste du gouvernement sud-africain. Par conséquent, aujourd'hui est, comme tous les autres jours, une bonne occasion de parler du racisme. Car, même si le silence qui entourait ce sujet semble commencer à se rompre, le racisme demeure l'un des plus grands tabous de notre société.

Le meurtre de George Floyd, le 25 mai 2020 à Minneapolis, dans le Minnesota, aux États-Unis, a marqué un tournant mondial. George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, a été interpellé par la police après avoir prétendument tenté d'utiliser un faux billet de 20 dollars dans un magasin. Lors de son arrestation, un policier, Derek Chauvin, a maintenu son genou sur le cou de Floyd pendant plus de neuf minutes, malgré les supplications répétées de ce dernier, qui disait ne plus pouvoir respirer et se plaignait de douleurs. Sur une vidéo filmée par des témoins, on entend Floyd répéter « Je ne peux pas respirer » avant de perdre connaissance. Malgré les tentatives de réanimation, son décès a été constaté peu après dans un hôpital voisin. La vidéo du meurtre est rapidement devenue virale et a suscité l'indignation dans le monde entier. Des milliers de personnes ont manifesté dans des villes des États-Unis et à l'étranger, exigeant justice pour Floyd et dénonçant les violences policières et le racisme. Cette affaire a relancé le débat sur le racisme systémique et les brutalités policières aux États-Unis et a donné naissance à un mouvement de protestation mondial connu sous le nom de « Black Lives Matter ».

On perçoit souvent le racisme comme un ensemble d'attitudes et de comportements négatifs envers les personnes en raison de leur origine ethnique ou raciale. Or, notre société oublie souvent que cette vision ne représente que la dimension individuelle ou interpersonnelle du phénomène. Le racisme dépasse cette dimension intersubjective ; le réduire à cette seule expression occulte la nature systémique et structurelle du système d'oppression dans lequel nous sommes pris au piège et dont le racisme constitue un élément central.

Le racisme, comme je le disais, s'exprime aussi sous d'autres formes, plus complexes et moins visibles au quotidien : le racisme institutionnel et le racisme structurel. Je me concentrerai ici sur la dimension institutionnelle du racisme. Le racisme institutionnel désigne les politiques, les pratiques et les attitudes, au sein d'une organisation, qui perpétuent les inégalités raciales malgré les intentions des personnes concernées. Il ne s'agit pas forcément de préjugés négatifs ou de discrimination consciente, mais plutôt de la manière dont les institutions reproduisent systématiquement les inégalités raciales. On peut citer, par exemple, un système éducatif qui n'offre pas les mêmes chances à tous les élèves, un marché du travail où les personnes racisées ont moins d'opportunités d'emploi et de promotion, ou encore un système judiciaire qui incarcère de manière disproportionnée les personnes non blanches. 

C’est pourquoi il est nécessaire et urgent de débattre d’un modèle politique qui non seulement dénonce formellement le racisme, dans un effort pour s’aligner sur le politiquement correct des politiques dites de non-discrimination (une cible privilégiée, il convient de le noter, des attaques des groupes de droite déguisés en faux libéralisme), mais qui entreprenne également un processus de transformations radicales centrées sur des politiques antiracistes.

Les politiques antiracistes sont des politiques publiques qui visent à lutter contre le racisme et les inégalités raciales de manière profonde et transformatrice, plutôt que de se contenter de traiter les symptômes ou les effets superficiels de la discrimination raciale. Ces politiques reconnaissent que le racisme n'est pas simplement un problème individuel de préjugés ou d'attitudes discriminatoires, mais bien un problème structurel et systémique enraciné dans les institutions, les politiques et les pratiques sociales d'une société.

Quelques exemples de politiques antiracistes :

  • Réparations: Les réparations sont des politiques visant à réparer les préjudices causés par le racisme et la discrimination raciale, hier comme aujourd'hui. Elles peuvent prendre la forme de mesures telles que le versement d'indemnisations financières aux victimes d'inégalités raciales ou la mise en œuvre de programmes de développement économique pour les communautés touchées par le racisme.
  • Actions positives : La discrimination positive est une politique qui vise à lutter contre les inégalités raciales en matière d'accès à l'éducation, à l'emploi et aux autres ressources, en mettant en œuvre des mesures destinées à garantir l'égalité des chances pour les personnes et les communautés victimes de discrimination. Elle peut notamment consister à réserver des places à l'université aux étudiants issus de minorités ethniques ou à instaurer des programmes de soutien aux entreprises appartenant à des personnes issues de ces minorités.
  • Supprimer le financement de la police : Le désinvestissement dans la police est une politique visant à lutter contre les brutalités policières et les discriminations raciales au sein des forces de l'ordre en réduisant les ressources financières allouées à la police et en réinvestissant ces ressources dans des programmes sociaux et communautaires. Cette politique repose sur l'idée que la police n'est pas la solution aux problèmes sociaux, mais qu'elle en fait partie intégrante.
  • Démanteler les systèmes racistes : Démanteler les systèmes racistes implique de démanteler les structures et les systèmes sociaux qui favorisent et perpétuent la discrimination raciale, tels que la ségrégation résidentielle, la criminalisation de la pauvreté et le système de justice pénale. Cette politique vise à repenser et à reconstruire un système social plus juste et inclusif.

Ce ne sont là que quelques exemples de politiques antiracistes actuellement débattues et, dans certains cas, mises en œuvre dans différentes régions du monde. Ces politiques se heurtent souvent à une forte résistance et à l'opposition de ceux qui les jugent excessivement radicales ou susceptibles d'avoir des conséquences néfastes pour la société.

Dans ce contexte, la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale revêt une importance renouvelée. En tant qu’universitaires et militants, nous devons poursuivre nos efforts pour reconnaître cette dette historique et ainsi garantir que toutes les personnes, sans distinction de race ou d’origine ethnique, puissent jouir des mêmes droits et des mêmes chances. Sensibiliser le public au racisme et aux inégalités raciales est essentiel pour lutter contre ce fléau et bâtir une société plus juste et équitable.

21 Mars 2023
Groupe de travail CLACSO
Crise civilisationnelle, reconfigurations du racisme, mouvements sociaux afro-latins américains [+]

Ce texte exprime la position du Groupe de travail susmentionné et non nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son Comité directeur ou de son Secrétariat exécutif.