Déclaration des organisations agroécologiques concernant la situation politique actuelle en Équateur
El Groupe de travail CLACSO sur l'agroécologie politique Les organisations soussignées souhaitent exprimer leur vive préoccupation face aux événements qui se déroulent actuellement en République sœur d'Équateur. Depuis la mise en œuvre des politiques néolibérales, le pays est en proie à une crise sociale, économique, politique et environnementale.
L'essor du narco-État a fait de cette région la plus violente, et les politiques néolibérales ont aggravé la pauvreté, notamment au sein des populations rurales, paysannes et autochtones. De plus, la paysannerie est l'un des secteurs les plus touchés par le contexte mondial de vulnérabilité accrue face aux changements climatiques, avec la multiplication des sécheresses et des inondations, et face aux aléas du marché international, notamment la guerre commerciale déclenchée par les États-Unis.
Les récentes élections d'avril dernier ont été entachées d'irrégularités répétées, et la victoire de la famille Noboa, la plus riche et désormais la plus puissante du pays, marque l'approfondissement d'un projet non seulement néolibéral mais aussi néofasciste, s'inscrivant dans le nouveau cycle de l'offensive d'extrême droite menée par des personnalités comme Trump et Milei. Plusieurs événements nous incitent à la vigilance et nous poussent à manifester notre solidarité et notre soutien aux mouvements sociaux équatoriens :
- L'annonce de réformes constitutionnelles constituerait un recul pour les droits sociaux et environnementaux acquis après des décennies de lutte par les mouvements paysans et indigènes, tels que la reconnaissance des droits de la nature, de la souveraineté alimentaire ou des droits collectifs comme la consultation préalable, par lesquels le peuple a démontré son rejet de l'extraction minière et pétrolière.
- La criminalisation et les tentatives de récupération de la CONAIE (Confédération nationale des nationalités indigènes d'Équateur) et de sa direction par le gouvernement, qui, par le biais de tout son appareil médiatique, mène une campagne de délégitimation de ses actions collectives en raison de sa position ouvertement anticapitaliste, antinéolibérale et antiraciste, sont inacceptables. Nous soutenons la souveraineté du mouvement indigène, principale force sociale et communautaire capable de stopper les politiques destructrices de vies.
- La rhétorique des opportunistes politiques partisans, alignés sur le gouvernement actuel, vise à affaiblir et à diviser les mouvements sociaux et communautaires afin d'obtenir les faveurs des pouvoirs hégémoniques. Cette approche est incompatible avec l'agroécologie et les alternatives émancipatrices. Elle cherche plutôt à discréditer les luttes historiques et à saper la structure décisionnelle des mouvements sociaux, à un moment où de nombreuses vies dépendent de la formation de réseaux sociaux capables de résister au pouvoir. Nous rejetons ces porte-parole, qui ne représentent pas la position du mouvement agroécologique.
Forts des principes et convictions qui nous unissent, nous soutenons et sommes solidaires des organisations paysannes, agroécologiques et autochtones d'Équateur qui œuvrent à la sauvegarde de la souveraineté du pays par leurs modes de vie communautaires et l'exercice légitime de leurs droits. En cette Journée internationale des luttes paysannes, nous poursuivons la création d'alliances pour résister à la dépossession de leurs terres et promouvoir la construction et la consolidation de sociétés justes, durables et pleinement démocratiques.
Avril 24 2025
Groupe de travail CLACSO sur l'agroécologie politique
Collectif agroécologique de l'Équateur (CAE)
Confédération paysanne agroécologique de l'Équateur (CCAE)
Jeunesse de la Société scientifique latino-américaine d'agroécologie (SOCLA)
Réseau agroécologique Manabí
Comité national de l'agriculture familiale, paysanne et communautaire de l'Équateur (CNAFCE)
Institut des Ruralités du Sud (IRSUR), Réseau Agroécologique du Sud (RAA)
Alsakuy Agroécologique (Pérou)
Ce texte exprime la position des groupes de travail susmentionnés et non nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son comité directeur ou de son secrétariat exécutif.
