Déclaration du VIe Sommet international des femmes autochtones d'Abya Yala

 Déclaration du VIe Sommet international des femmes autochtones d'Abya Yala

Après nous être réunies en tant que coordinatrices autochtones d'Abya Yala, rassemblées dans la région de Gunayala, au Panama, du 8 au 12 octobre 2025, lors du VIe Sommet international des femmes autochtones d'Abya Yala, des déléguées de différentes nationalités (Panama, Mexique, Pérou, Guatemala, États-Unis, Salvador, Colombie, Paraguay, Bolivie, Équateur, Nicaragua, Brésil et Venezuela) se sont retrouvées dans l'objectif de renforcer les droits des femmes et des peuples autochtones afin de transformer les structures racistes et patriarcales en sociétés inclusives, plurinationales et interculturelles qui respectent l'autodétermination et qui reconnaissent également l'autonomie et le droit à prendre soin du corps et de l'esprit des femmes et de nos peuples.

Nous déclarons :

Notre résistance inébranlable, en tant que femmes autochtones, 533 ans après l'invasion coloniale européenne de notre continent et 100 ans après la révolution Dule du peuple Guna du Panama. Cette résistance découle d'une analyse du système patriarcal d'exploitation territoriale et des diverses formes de violence – historique, structurelle, économique et culturelle – face à la menace que représente pour la vie des peuples autochtones la progression du fascisme, la dépossession et le déplacement forcé causés par les mégaprojets, ainsi que l'extractivisme intellectuel sur le territoire d'Abya Yala.

Desde los fundamentalismos religiosos, patriarcales y raciales como consecuencias a ello, las violaciones a los derechos individuales y colectivos de las mujeres y pueblos originarios e indígenas.

Nous adhérons à la bannière plurinationale des peuples autochtones du continent pour l'autodétermination des femmes et de nos peuples.

Renforcer les liens et les réseaux de solidarité face aux menaces constantes, aux poursuites pénales et à la criminalisation, à la persécution et aux assassinats de femmes dirigeantes dans les pays qui défendent les systèmes de démocratie communautaire et l'autonomie territoriale.

Créer des espaces de formation pour la transmission intergénérationnelle, de nos expériences de vie héritées des grands-mères et des aînés aux jeunes, pour la continuité de la défense des droits territoriaux collectifs et de nos autonomies.

Occuper les espaces de participation à l’élaboration de politiques de développement globales, à partir des communautés ; garantir le respect et l’application des conventions et traités internationaux en faveur des jeunes et des femmes autochtones, notamment la Recommandation 39 de la CEDAW et la Convention 169 de l’OIT sur les différents territoires d’Abya Yala.

Reconnaître et respecter la sagesse des grands-mères, des sages-femmes et des personnes versées dans la médecine ancestrale, dans le cadre de l'autonomie des peuples autochtones.

Pour lutter contre le système patriarcal, fasciste et raciste qui prive les jeunes de la possibilité d'une vie digne et les force à migrer vers des espaces étrangers à nos cultures, les contraignant à assimiler une culture patriarcale, raciste, ethnocentrique, égocentrique et mondaine, étrangère aux principes de l'être-vie de nos peuples.

Compte tenu de cette réalité NOUS EXIGEONS aux États :

Respect de la dignité et des droits des femmes autochtones.

Que les gouvernements abrogent toutes les initiatives législatives qu'ils promeuvent et qui vont à l'encontre des garanties individuelles et collectives, suspendant ainsi le système de procédure régulière.

Approuver et mettre en œuvre, avec des ressources adéquates, les politiques publiques existantes en matière de développement global afin de protéger la vie des femmes autochtones et des femmes en général.

Garantir, respecter et promouvoir une éducation complète et pluriculturelle fondée sur nos connaissances, par la création d'universités plurinationales pour la construction de la pensée critique.

El respeto pleno a nuestra forma de organización y trabajo por el buen vivir de nuestros pueblos.

Respect total de l'exercice de nos droits à la liberté d'expression et de manifestation.

Pour mettre fin aux injustices que représentent la persécution, la criminalisation et la judiciarisation des dirigeants, des autorités ancestrales, de nos aînés, de nos conseillers, par les agences de l'État.

Nous rejetons le racisme, le génocide culturel et la discrimination structurelle qui menacent la vie et la dignité des peuples autochtones d'Abya Yala.

Le VIe Sommet international des femmes autochtones d'Abya Yala rejette la persécution et la criminalisation des défenseurs, des acteurs de la justice, des chefs ancestraux, des exilés, des personnes emprisonnées et poursuivies pénalement par le système judiciaire des États.

Exigeant la libération immédiate des anciens responsables guatémaltèques, notamment Luis Pacheco, Héctor Chaclan et Esteban Toc, ainsi que des défenseurs des droits humains criminalisés par différents pays.

Nous dénonçons la politique du gouvernement panaméen qui impose l'interconnexion électrique et minière au peuple Guna.

Rechazamos el proyecto de imposición del tren maya, que atenta contra la biodiversidad en contra de los territorios, generando ecocidios y vulnerando los derechos de nuestra madre naturaleza.

Nous exigeons que les gouvernements cessent de piller la nature, ce qui compromet la souveraineté alimentaire et engendre la crise climatique.

Nous condamnons et rejetons le génocide perpétré contre le peuple palestinien par l'État fasciste d'Israël.

Car nous, les femmes autochtones, sommes les propriétaires et les gardiennes de nos territoires ancestraux et les gardiennes de nos semences indigènes !

Des femmes qui avancent sans frontières !
Pour une Abya Yala plurinationale !

Région de Gunayala, Panama, 12 octobre 2025
Jour de la Résistance des Peuples !
Groupe de travail sur les peuples autochtones et les conflits épistémiques et territoriaux

Ce texte exprime la position des groupes de travail susmentionnés et non nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son comité directeur ou de son secrétariat exécutif.