Nous appelons le gouvernement national colombien à respecter et à garantir le droit de manifester inscrit dans la Constitution politique et la loi !

 Nous appelons le gouvernement national colombien à respecter et à garantir le droit de manifester inscrit dans la Constitution politique et la loi !

Depuis 2018, une vague de protestations sociales a déferlé sur l'Amérique latine et les Caraïbes, et ce jusqu'en 2019, alimentée par une frustration généralisée face à la corruption, aux violations des droits humains fondamentaux, aux politiques d'exploitation extractive et environnementale, aux réformes économiques qui aggravent les conditions de vie des citoyens et aux abus de pouvoir. En Colombie, cette année, des enfants et des jeunes ont également été victimes de diverses tactiques déshumanisantes employées par des groupes armés illégaux et par l'État lui-même (au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme).

Un élément constant dans ces manifestations de mécontentement, de rage contenue, de dégoût face à la tromperie et à la panique provoquée, de profonde douleur motivée par la brutalité des soi-disant « forces de l'ordre », a été la participation massive et pacifique des jeunes, ainsi que leur rôle de premier plan dans des formes inédites d'action collective et solidaire qui, sans aucun doute, engendrent un mouvement insurrectionnel sans précédent.

Ses principales caractéristiques sont:

a. Sans peur.
b. Sans violence.
c. Sans leadership ni gestion.
d. Transcender les partis politiques et les polarisations classiques.
e. En défense de la justice sociale, des droits et de la liberté.
f. Pour la reconnaissance et l'égalité dans la diversité.
g. Sur un ton festif et créatif.
h. À la recherche de changements radicaux et durables

La plus récente manifestation de ce mouvement qui ébranle nos sociétés se déroule en Colombie depuis le 21 novembre, date à laquelle une grève nationale massive a éclaté contre le gouvernement d'Iván Duque Márquez. Parmi les revendications figurent : le respect des accords de paix et des engagements non tenus avec les étudiants ; le bombardement d'enfants (recrutés par un groupe armé résiduel) par l'Armée nationale lors d'une opération militaire à Puerto Rico (Caquetá) le 29 août ; la mise en œuvre du référendum anticorruption ; le démantèlement de l'Escadron mobile anti-perturbation (ESMAD) ; la protection des leaders sociaux (159 assassinés en 2019) ; la réforme fiscale proposée (qui favorise les grandes entreprises au détriment des classes moyennes et populaires) ; la réforme du travail proposée (qui légalise les salaires précaires des jeunes) ; et le projet de réforme des retraites (qui supprime le système de cotisation moyenne et augmente progressivement le taux de cotisation).

Le meurtre, il y a quelques jours, de l'étudiant Dilan Mauricio Cruz par un policier anti-émeute (ESMAD) qui lui a tiré une balle dans la tête avec une grenade assourdissante chargée de plombs, a suscité une vive indignation sociale et a galvanisé de nombreux secteurs, inspirés par la persévérance et la créativité de la jeunesse, qui se soulèvent contre les pouvoirs politiques, les propriétaires terriens et les grands conglomérats financiers, et œuvrent à la construction d'une culture politique où la dignité humaine est la seule priorité. Face aux diverses stratégies employées par le pouvoir en place pour délégitimer les manifestations citoyennes, le gouvernement national a combiné une rhétorique du dialogue, articulée autour de ce qu'il appelle un « débat national », avec des mesures répressives dans les rues qui violent les normes fondamentales des droits humains et s'apparentent à du terrorisme d'État.

Par conséquent, le Groupe de travail de la CLACSO sur l'enfance et la jeunesse appelle le gouvernement national colombien à respecter et à garantir le droit de manifester, inscrit dans la Constitution et la loi. Il l'appelle également à reconnaître la capacité des citoyens à s'informer, à analyser de manière critique leur réalité et à agir en conséquence, compte tenu du caractère manifestement régressif du train de réformes actuellement examiné par le pouvoir exécutif au Congrès de la République. Enfin, il l'appelle à engager un dialogue sincère et ouvert avec les communautés, les organisations et les collectifs à l'origine de cette mobilisation, sans précédent dans l'histoire récente de la Colombie, et à établir des accords précis sur chacune des questions définies dans le programme citoyen qui constitue ce vaste mouvement de grève nationale aux multiples facettes.

décembre 2019
Groupe de travail CLACSO
Enfance et jeunesse