Soutien aux peuples autochtones qui luttent au Brésil contre le « Cadre temporaire »
L’histoire des peuples indigènes de ce territoire que nous appelons aujourd’hui le Brésil ne commence ni en 1988, ni en 1500 ! Groupe de travail du CLACSO sur l'écologie politique du Sud/Abya-Yala Elle se joint à la lutte des peuples autochtones contre le Cadre temporel, un argument juridique raciste et violent qui vise à effacer la mémoire des violences historiques perpétrées contre les peuples autochtones et à légitimer la possession illégale par les envahisseurs.
Le mercredi 1er septembre, la Cour suprême fédérale (STF) doit se prononcer sur le « Cadre temporaire », un instrument juridique conforme à la politique ruraliste d'expansion de la frontière agricole, qui vise à entraver la délimitation des terres indigènes, établissant que seules les zones où la présence territoriale des peuples indigènes a été vérifiée avant la date de promulgation de la Constitution brésilienne de 1988 seraient délimitées.
En 2009, la Cour suprême fédérale (CSF) s'est prononcée sur la démarcation du territoire indigène Raposa Serra do Sol, dans un contexte de pressions croissantes de l'agro-industrie contre la reconnaissance des droits des peuples autochtones. À cette occasion, la CSF a établi des conditions implicites aux procédures de démarcation, notamment un argument suggérant un « période » définissant les occupations autochtones comme remontant à 1988. S'agissant d'une décision relative à un cas particulier, ces prétendues « conditions » ne pouvaient être appliquées à d'autres cas, car il n'appartient pas au pouvoir judiciaire de créer des lois, mais seulement d'en juger le respect. Or, durant cette période, les violences de l'agro-industrie à l'encontre des peuples autochtones et son influence politique grandissante au sein du Parlement étaient déjà en hausse. Quelques années plus tard, après le coup d'État de 2016, les propriétaires fonciers ruraux sont parvenus à faire adopter une ordonnance de facto du bureau du procureur général, transformant les « conditions » de Raposa Serra do Sol en normes juridiques et érigeant en « thèse juridique » l'argument d'un prétendu « calendrier » inventé par le ministre de l'époque, Ayres Britto. Cette ordonnance a été contestée et n'est pas entrée en vigueur, mais plusieurs États contrôlés par l'agro-industrie, ainsi que des groupes de propriétaires fonciers ruraux, ont commencé à contester toutes les délimitations des terres autochtones, arguant que les éleveurs étaient arrivés sur les terres litigieuses avant les populations autochtones. Le 5 octobre 1988, affirmaient les éleveurs, les autochtones n'auraient pas pu se trouver à cet endroit précis. Il s'agit d'un procédé rhétorique visant à effacer le souvenir des violences historiques perpétrées contre les peuples autochtones et à légitimer la possession illégale par les envahisseurs, un argument juridique raciste qui entraînera non seulement une augmentation significative des conflits dans les campagnes, mais aussi des violences contre les populations autochtones, et une autre injustice historique qui marquera l'avenir d'un pays violent, inégalitaire, raciste et autoritaire.
Installés depuis quinze jours à Brasilia, dans le camp appelé précisément #LutaPelaVida (Combat pour la vie), des indigènes brésiliens demandent au STF de défendre la Constitution fédérale de 1988 et la lutte historique pour un pays plus juste.
La lutte pour la Terre Mère est la mère de toutes les luttes. Plus une goutte de sang autochtone versée ! Démarcation immédiate ! Non aux délais !
31 Août 2021
Groupe de travail CLACSO
Écologie(s) politique(s) du sud/Abya-Yala
Cette déclaration exprime la position du groupe de travail Eécologie(s) politique(s) du sud/Abya-Yala et pas nécessairement celle des centres et institutions qui composent le réseau international CLACSO, de son Comité directeur ou de son Secrétariat exécutif.
